L’EUR/CHF fait de la résistance
Bonjour à tous Nous nous retrouvons après un mois riche en évènements géopolitiques qui ont fortement influé sur la paire EUR/CHF et son environnement. Le franc suisse regagne un peu de vigueur, avec des marchés financiers dans l’attente de certitudes de sortie de crise. Les investisseurs ne croient plus aux promesses redondantes des belligérants, et les évènements dans le golfe arabo-persique vont de rebondissements en rebondissements.
Mercredi, la paire EUR/CHF est tombée à 0,9157 EUR/CHF, le cours de change le plus bas depuis près d’un mois. Selon les analystes de la Banque Cantonale de Neuchâtel, un taux à 0,9140 EUR/CHF constituerait le prochain support mais la paire remonte sous la pression de la BNS.
Alors que certains d’entre nous retournent à leur travail ou sur les bancs de l’école, nous nous retrouvons pour notre analyse hebdomadaire de la paire EUR/CHF dans un environnement de crise mondiale. Nous espérons, après ce long hiver que vous faites le plein de vitamines D et de carburant. La météo du week-end à venir restera d’ailleurs plus clémente que les prix des hydrocarbures, alors que la crise énergétique s’installe. Evitant le Golfe Persique, des navires asiatiques se ravitaillent désormais aux Etats-Unis, faisant bondir les enchères des droits de passage du canal de Panama.
Mer agitée, et dollar chahuté
Au proche- Orient, les belligérants bloquent désormais chacun de leur côté le détroit d’Ormuz, même si la « trêve » semble se prolonger in-fine. Chacun revendique la victoire, le régime iranien parce qu’il tient, face à la première puissance militaire mondiale, et Donald Trump, parce qu’il n’a pas le choix.
Mais personne ne semble savoir de combien de missiles et surtout de drones disposent les iraniens, alors que les américains ont puisé dans une bonne partie du stock d’armes qu’ils destinaient à la domination des mers et éventuellement à la défense de Taïwan. Et ce qui fait la force du dollar américain, première devise de réserve mondiale loin devant le franc suisse, c’est aussi et surtout la maitrise des mers.
Le choc des mots, le poids des devises
Parmi les principales devises étrangères, le Yuan chinois profite peu de la crise, pour le moment... Les places financières restent plutôt stables, malgré la situation. Rappelons qu’elles n’ont pas vu venir la crise causée par le coronavirus. Le choc pourrait aussi être à venir si aucun accord entre Iraniens et Américains ne voit le jour. Dans le cas contraire, peut être serait il temps de convertir ses francs suisses en euros et en dollars, l’autorité monétaire suisse souhaitant réguler les cours de change du franc suisse en euros et en dollars.
Franc suisse : A quand l’offensive de la BNS ?
Mais jusqu’à ces derniers jours, l’un des perdants de la guerre dans le golfe persique était le cours de change du franc suisse. Avec des taux d’inflations à peine supérieurs à 1% sur un an, la Suisse a la capacité de faire face à la crise sans infléchir sa politique monétaire en gardant des taux bas.
La Banque Nationale Suisse n’a de cesse d’évoquer ces jours-ci une possible intervention sur les marchés des changes. Elle brandi la menace d’échanger des francs suisses en devises étrangères, notamment en euros et en dollars. Petra Tschudin a rappelé la semaine passée que la BNS s’apprêtait à convertir des francs suisses en euros par centaines de millions pour juguler tout risque d’inflation. Mais les déclarations des membres de la BNS ne semblent pas suffire à conforter la paire EUR/CHF. Le rôle de valeur refuge dévolu au franc suisse qui avait fait défaut un peu après les débuts de la guerre réapparait ces derniers jours, alors que le dollar est en recul.
Le CHF refuge un jour refuge toujours
Reste à savoir si les prises de position de la BNS suffiront en cas de reprise des hostilités à juguler ce rôle, et à empêcher l’EUR/CHF de retester les 0.9000 EUR/CHF ? Le passé a montré que les marchés, lors des crises précédentes n’ont pas été dissuadé par les velléités d’intervention de la BNS d’investir une partie conséquente de leurs avoirs dans la stabilité du franc suisse.
EUR/CHF : La BNS sur le pied de guerre
La BNS n’a donc pas caché ses velléités interventionnistes notamment depuis le début de la guerre au Proche-Orient. Officiellement pour la maitrise de l’inflation mais éventuellement pour venir en aide aux exportations suisses en difficulté.
Ces trois derniers mois, la BNS n’a pas converti de grandes quantités de francs suisses en euros ou en dollars. Elle a l’obligation de publier sous trois mois ses mouvements sur les marchés des changes. Si elle continue dans les mêmes dispositions, il faut s’attendre à un taux de change du franc suisse plus élevé. Mais ce matin, le tauxL’EUR/CHF est influencé par le différentiel entre les taux de la BCE et ceux de la BNS, cette dernière n’étant pas en capacité d’abaisser significativement ses taux de change en territoire négatif.
La valse des taux de change du franc suisse
EUR/CHF
Pour l’heure, alors que nous avions quitté l’EUR/CHF avec un taux de 0,9110 EUR/CHF, les espoirs douchés de fin du conflit assortis aux achats d’euros et de dollars à bon compte de la BNS ont vu la paire EUR/CHF progresser jusqu’à une résistance autour de 0,9260 EUR/CHF le 13 avril. Loin de regagner le seuil des 0,9300 EUR/CHF, les taux de change du franc suisse face à l’euro ont progressé jusque sous la barre des 0.9200 EUR/CHF à 0,9163 EUR/CHF.
A l’heure à laquelle nous rédigeons ces lignes, l’EUR/CHF s’échange sur le marché des changes au cours de change de 0,9200 EUR/CHF.
A en croire certains traders d’EUR/CHF, et sur la base de nombreux indicateurs, dont les moyennes mobiles, le signal journalier de la paire de devises est noté : Vente forte. Sa valeur de performance pour son point pivot de Fibonacci est à 0,9185.
USD/CHF
Le dollar américain perd une partie des fondamentaux qui le soutiennent. Le pétrole aux côtés de l’IA reste l’élément déterminant de son cours de change puisqu’avec le gaz de schiste, les Etats-Unis sont le premier producteur mondial d’or noir. Après une phase inflationniste qui a profité au dollar en tant que devise de réserve, la devise américaine a reculé dans les échanges contre le franc suisse et l’euro. La logique inflationniste des marchés et le risque de ralentissement économique aux USA semblent s’éloigner, ce qui est moins le cas en Europe, plus touchée car plus dépendante des hydrocarbures. Pour preuve la bonne tenue des indices boursiers américains, face à ceux du vieux continent.
Le choc pétrolier naissant a d’abord contraint la réserve fédérale à adopter une posture hawkish face à la hausse des prix, dopant le dollar par le biais du différentiel de taux. Si la crise perdure, une fois l’inflation « pricée », les marchés, obligataires notamment, commenceront à déduire le cout financier du choc pétrolier, et le billet vert perdra hiératiquement du terrain. Avec des fondamentaux solides, l’économie américaine tient le choc sur tous les fronts mais l’inflation ressentie provoque la gronde des citoyens.
Si le socle des 100 dollars le baril soutient le dollar, actif refuge, à la hausse, face au franc suisse également refuge, et surtout à l’euro affaibli, le dollar a buté sur sa première résistance à le 31 mars face au franc Suisse à 0.8034 USD/CHF, et le 18 avril face à l’euro, à 1,1836 EUR/USD.
Actuellement, la paire évolue aux alentours de 0.7870 USD/CHF.

Marchés et commodités
Indépendance énergétique et intelligence artificielle oblige, loin d’être affecté par la guerre, le Nasdaq a progressé de 21000 points il y a un mois, à 24400 points à ce jour. La guerre semble profiter aux technologiques américaines qui attirent des capitaux soustraits d’autres marchés.
Le Dow Jones n’est pas en reste avec un progression de 10% depuis notre dernière analyse.
Les performances des place financières du vieux continent, surexposé à la crise énergétique et ne disposant pas d’un si gros compartiment de valeurs technologiques, sont moindre. Mais loin d’être négligeable : 8% pour le SMI, 7% de hausse pour le DAX allemand, 6,5% pour le CAC40 français, et 7% pour l’Euro Stoxx 50.
Notons hier la hausse du géant français du luxe l’Oréal, de près de 9% avec des résultats de début d’année mirobolants, qui ont porté le CAC 40 à 0,87% de progression, alors que les autres places européennes reculaient, excepté le SMI, comme nous le verrons plus loin.
Outre-Atlantique, Nvidia tourne autour de 200 dollars ! L’action a pris 17.5% en 1 mois. Les investisseurs se réfugient dans les promesses des marchés liés à l’IA, pour dégager des profits en période d’incertitude.
Swiss market index
L’économie Suisse, contrairement au SMI et au franc suisse, toujours décorrélé de l’économie réelle, subit de plein fouet les premiers effets de la crise. Avec une chute de 4,4% des exportations depuis le début d’année, soit 72 milliards de francs, ce qui nous ramène au chiffres de 2021. (Sources Office Fédéral des Douanes). Les importations sont également en recul ce qui rééquilibre la balance commerciale de la Suisse à un prévisionnel de 43 milliards d’excédents. Les exportations des secteurs chimiques et pharmaceutiques qui emploient 70000 personnes reculent de 8%.
Citons le titre Lonza, -6% en bourse depuis le début de l’année, Syngenta Group, Clariant, Firmenich et Givaudan -10.55%, quant aux exportations de machines-outils et d’équipements électroniques le deuxième secteur d'exportation avec un volume d'environ 70 milliards de francs suisses, il a vécu une année difficile à cause de cours du franc suisse trop élevés.
Les exportations de ces secteurs vers les Etats Unis notamment, sont en repli de 15%, 10% vers la Chine, et 6% vers le Japon.
Cela n’a pas empêché la forte progression du Swiss Market Index sur un mois. En tête des hausses, ABB, grâce à la forte demande des centres de données a gagné 16% sur le mois. Khuene Nagel, Sika et Partners Group signent tous des progressions à deux chiffres, et participent à la forte hausse du SMI ce mois-ci. Le SMI culmine à 13250 points ce matin.
Hydrocarbures
Les frappes américaines et iraniennes nécessiteront de longues réparations dans la région du golfe persique. Les cours ne redescendront pas avant longtemps. Détroit d’Ormuz bloqué par les belligérants, bateaux arraisonnés, la trêve qui ne tient qu’à un fil a ramené en quelques jour le cours du baril de brut, brent en mer du nord de 90 dollars à 105 dollars en 8 jours. Rappelons qu’avant la guerre, en février, le cours du Brent fluctuait autour de 60 dollars.
Il était de notoriété que la Suisse avait sécurisé d’importantes réserves stratégiques lui permettant de tenir des mois en cas de disette. La surprise vient du kérosène que les sociétés pétrolières n'ont pas stocké comme les accords les y contraignaient. C’est une mauvaise surprise pour les compagnies aériennes.
Le WTI américain, abreuvé par la production made in USA ne dépasse pas les 95 dollars. Le gaz naturel qui valait 34 dollars avant-guerre a culminé début avril à 72 dollars, 57 francs si l’on converti en francs suisses. Il se négocie actuellement 53 dollars le Mwh.
Or
L’once de métal jaune a du mal à recouvrer les 5000 dollars. Le lingot perd du terrain à 115300 francs suisses. Napoléons et vreneli sont coté au alentours de 680 francs. En baisse de 20 francs depuis notre dernière publication. Faut-il vendre son or en francs suisses ou en euros ? La vente s’effectue en francs suisses. Cependant, chez Ben S Shop Change, le taux de change préférentiel se automatiquement appliqué si vous convertissez des francs suisses en euros le produit de votre vente. De même à l’achat pour convertir des euros en francs suisses.
La règle de conformité LBMA s’applique systématiquement chez Ben S en particulier et souvent en Suisse, de sorte qu’à la revente de vos lingots et pièces, vous pourrez bénéficier des cours de bourse.
Cryptomonnaies
Le marché des cryptomonnaies pèse désormais 2,6 trillions de dollar. Le bitcoin depuis notre dernière analyse a pris 10% à 77900 dollars, soit, converti en francs suisse au cours de change du jour, 61300 francs suisses. L’Ethereum, 2ème capitalisation vaut 2300 dollars. L’or reste à long terme un meilleur investissement, malgré cette hausse du au parallèle avec les marchés actions. Mais il est recommandé par les experts de diversifier les portefeuilles et détenir de l’or, des actions, des cryptomonnaies et des devises étrangères ce qui semble tout à fait raisonnable. Le franc suisse est une alternative rassurante.
Derrière le franc suisse, l’euro et le dollar…

BNS et cours de change de franc suisse
La Banque Nationale est la cinquième banque la plus riche du monde avec 1100 milliards de francs suisses de réserves, en devises étrangères, en or, en actions de sociétés technologiques côtées comme Amazone ou Apple, et en bien immobiliers. Les réserves de la BNS, qui est d’ailleurs avant tout une société cotée à la bourse de Zurich, garantissent au franc suisse ses cours de change, et son état de devise refuge de réserve, face aux autres devises étrangères.
Fed et cours de change du dollar
La réserve fédérale gèrerait des actifs pour un montant de 6400 milliards de dollars, convertis en francs suisses, 5550 milliards de francs suisses. Elle permet ainsi d’appuyer la domination mondiale des Etats-Unis et la puissance du dollar américain.
Le fait qu’elle puisse émettre autant de dollars qu’elle le souhaite puisque le billet vert est la monnaie de réserve mondiale, (pétrodollars etc…) confère aux Etats Unis une grande partie de leur puissance. Celle-ci aura été érodée ces 15 derniers mois par la succession d’évènement dont la guerre avec l’Iran n’est pas le moindre. A noter cependant que la FED détient une grande part de la dette publique américaine, et si elle bénéficie des retombées de la dette, elle est assise sur une dette non remboursable par essence.
Elle est la troisième banque centrale la plus riche, derrière la Banque Nationale de Chine qui détient d’immenses avoirs en dollars, et bien moins de dette. Celle-ci a l’une des plus grosses réserves d’or au monde et commence à vendre des dollars pour acheter de l’or afin de minimiser sa dépendance au dollar. Le cours de change du yuan remimbi, la devise chinoise face au dollar, à l’euro et au franc suisse ne s’en ressent pourtant pas, la banque maintenant des taux de change très bas afin de favoriser la compétitivité.
La BCE et le cours de change de l’euro
Si la banque nationale la plus riche est la BCE, une partie de cette richesse est également assise sur la dette des états de l’union européenne qu’elle détient. La Banque Centrale Européenne détient des obligations d’entreprises européennes dont elle reçoit des intérêts additionnés de ceux des banques commerciales qui lui empruntent de l’argent. La BCE a cependant une faible réserve de devises étrangères comparées à ses consœurs suisses et chinoises. La force et le succès mondial de l’euro, sont également basés sur la gestion de la BCE. Tous les financiers attendent après les décisions de politique monétaire de ces banques centrales qui influent fortement sur les taux de change des devises.
Et pour conclure :
Actuellement, la Banque Nationale Suisse pèse de tout son poids pour obtenir une baisse du franc suisse, mais elle n’a pas encore donné toute sa mesure.
Voilà qui clos notre édition mensuelle. Nous ne manquerons pas de nous retrouver dans quelques jours pour faire le point sur l’évolution des cours de change du franc suisse face aux principales devises étrangères, dans un environnement influant pour l’EUR/CHF.
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En attendant, toute l’équipe de la rédaction de Ben S Solutions de Change vous souhaite un excellent week-end sous le soleil, et vous rappelons que le 1 mai n’a jamais été férié à Genève, si jamais. Le débat fait rage à ce sujet en France…
X.C.