L’EUR/CHF assis sur un baril… de poudre !
Bonjour à tous. Les yeux du monde sont rivés depuis trois semaines sur le proche orient en flammes, avec une guerre dont les retombées menacent cette fois la croissance et l’économie de nombreux pays. Le franc suisse qui a franchi ce mois-ci la barre très symbolique des 0.9000 EUR/CHF face à l’euro, recule désormais sous la pression de la BNS. Nous reviendrons dans cette analyse sur les raisons pour lesquelles le franc suisse ne semble plus jouer son rôle de valeur refuge ces jours-ci.
Nous nous retrouvons ce mois-ci dans un monde à l’aube d’un potentiel choc pétrolier majeur, dont les implications pour l’économie mondiale et pour les cours de change du franc suisse face aux principales devises, s’avèrent chaotiques.
Avis aux robinsons
Si vous n’étiez pas naufragés sur une ile déserte, vous avez pu suivre le déclenchement de la guerre qui a embrasé tout le proche orient dès le 28 février, et conduit au blocage du détroit d’Ormouz dans le golf persique. Les exportations des pays producteurs de la région sont à l’arrêt. 20% des produits pétroliers et gaziers de la planète manquent à l’approvisionnement mondial, et ce, pour une période indéterminée.
Quand convertir des francs suisses en euros
Si il a été intéressant de convertir des francs suisses en euros depuis le déclenchement de la guerre, le taux de change du dollar américain remonte fortement, face au franc suisse. Nous verrons également pourquoi plus loin. Le franc suisse pourrait cette fois-ci ne pas servir de valeur refuge, tout comme l’or et l’argent, mais pas pour les mêmes raisons. De nombreux experts soupçonnent une intervention discrète de la Banque Nationale Suisse pour ramener les taux de change du franc suisse vers des moyennes plus favorables à la compétitivité suisse. L’institution a évoqué le sujet lors de sa réunion de politique monétaire trimestrielle.
Actions et devises étrangères privées de visibilité
Pour l’heure, les marchés actions espèrent un dénouement rapide de la crise, et considèrent que limitée à un horizon de quelques semaines, cette guerre pourrait alors avoir peu d’impact sur la croissance mondiale. C’est ce qui a étonnamment soutenu la relative stabilité des places financières au cours des trois semaines de guerre. Malgré le chaos aux implications économiques et géostratégiques mondiales.
Le franc suisse flambait, mais aussi :
Des champs pétrolifères, des réserves de pétrole, des moyens de productions et des raffineries flambent et font flamber les cours du pétrole : En Iran bien sûr, mais aussi en Arabie Saoudite, aux Emirats, au Koweit, et dans toute la région. Ce sont 17 pays touchés par la guerre, et indirectement, 192 pays impactés car ces marchés sont interconnectés. Nous pensons bien sur au plein d’essence des véhicules évidement, mais on oublie le gaz naturel liquéfié, et tout ce qui est lié à la production des pays du golf persique :
Château de cartes
Cela impacte les productions d’engrais, de souffre, de bromine, d’hélium, de pétrochimie, de caoutchouc, de microfibres… Certains pays comme le Brésil profitent de la hausse des prix de l’éthanol et du sucre pour augmenter leur production et accroitre considérablement leurs exportations. Nous sommes en mars, et arrivons en période de semences, et sur d’autres continents, d’autres pays qui utilisent le carburant et les engrais dont la fabrication est liée aux hydrocarbures pourraient se retrouver extrêmement pénalisés et risquent de faire face à des phénomènes de famine accrue. Sans parler de la production des puces qui gèrent l’intelligence artificielle dont les composants sont impactés par l’approvisionnement mondial en semi-conducteurs et par les chaines logistiques essentielles à la fabrication de ces puces avancées.
Il ne faudrait pas que cela s’éternise…
Ce mois de mars, La crainte d’un baril de pétrole à 150 dollars n’en est plus une. La cotation au Sultanat d’Oman qui fait également référence a coté à 155 dollars le baril cette semaine, ce qui fait craindre aux experts du secteur une crise majeure. Cette flambée n’est pas causée par la volatilité des marchés mais par une crise structurelle de l’offre d’hydrocarbure provoquée par le conflit. Les propriétaires des raffineries face à un risque réel de pénurie achètent toute l’offre disponible qui conduit à la rareté physique des hydrocarbures. L’économiste David Fyfe souligne le risque d’un choc durable en cas de poursuite de la guerre.
Notons que cette nuit au Koweit, une raffinerie qui produit 700000 barils par jours, soit 1% de la production mondiale a été gravement touchée et flambe…
Taux de change du dollar fort
Cette situation profite aux cours de change du dollar, les Etats Unis étant le premier producteur mondial, et aux places financières américaines. L’Europe et la Suisse seraient les grands perdants ce qui peut partiellement expliquer la baisse du cours du franc suisse face à l’euro et surtout face au dollar américain.
L’envolée des cours du brut et du gaz (l’Iran et le Qatar étant les 3éme et 6émes exportateur mondial de gaz liquéfié, la Russie second sous embargo…), ne se limite pas au marché Omanais, reflète une dynamique qui tend à doubler les prix des hydrocarbures à court terme. Le seuil des 150 dollar n’est plus une hypothèse selon des analystes cités par Euronews, qui situent un cours prévisionnel du brent entre 150 et 200 dollars le baril. Le seuil franchi intervient dans un contexte de rupture d’approvisionnement physique. C’est ce qui inquiète les marchés. La spéculation cette fois n’étant pas la cause majeure.
Cours du franc suisse et or noir
L’effet domino qui menace, semble hors sujet dans le thème de notre analyse sur la Paire EUR/CHF, mais pourrait influer sur les cours de change du franc suisse.
La BNS maitrise le franc suisse ?
La valeur refuge a déjà franchi un cap inédit, même brièvement, et cette fois, la Banque Nationale Suisse a commencé à intervenir sur les marchés des devises pour brider l’envolée des cours de change du franc suisse qui pénalise les exportations suisses dans une période déjà tourmentée. C’est ce qu’elle a déclaré hier après avoir maintenu sans surprise ses taux d’intérêts directeur.
Les flux vers le franc suisse ont renforcé cette toute dernière valeur refuge dès le déclenchement de la guerre au Proche Orient. En Suisse, la hausse des prix de l’énergie a cependant été compensée par celle du franc suisse, selon UBS, dont les analystes estiment que, limités à +30%, ceux-ci ne devraient pas ajouter plus de 0,4% à l’inflation. Cela limite tout de même la marge de manœuvre de la BNS. Avant l’offensive, l’inflation suisse se limitait à 0,1% annuel glissant. Mais quid dans leurs calculs d’un baril à 150 ou 200 dollars dans la durée.
EUR/CHF et inflation
Les cours du franc suisse se sont donc appréciés face à l’euro de 3,5% depuis décembre. Si le taux de change pour convertir des francs suisses en euros tournait en faveur de l’euro, les experts d’UBS estiment que l’inflation augmenterait de manière proportionnelle. La Banque Nationale qui a probablement commencé à convertir des centaines de millions de francs suisses en euros se garde la possibilité de réduire ultérieurement ses taux d’intérêts afin de lutter contre une éventuelle inflation, tout en tentant d’aider les entreprises exportatrices suisses.
Le franc suisse conserve un cours de change pénalisant pour les exportations suisses, même si depuis 24 heures, il semble perdre son rôle de valeur refuge. Sans doute, comme elle l’a annoncé, la BNS est-elle passée à l’action.
Ces dernières semaines, les importantes fluctuations de la paire de devises EUR/CHF ont oscillé entre 0,8969 EUR/CHF et 0,9140 EUR/CHF. Le cours de change moyen s’est établi à 0,9045. La tendance de l’EUR/CHF dans les semaines à venir dépend largement des décisions militaires à venir.
Un mois avec l’EUR/CHF
EUR/CHF
Ce fut un nouveau record pour l’EUR/CHF qui a donc passé le cap des 0,9000 EUR/CHF, jusqu’à un rebond technique à 0,8970 EUR/CHF. Un cours de change jamais atteint pour le cours interbancaire de l’euro face au franc suisse. Le meilleur moment pour changer des francs suisses en euros était donc le 9 mars à l’ouverture des marchés. Depuis, la moyenne des cours de change de l’euro converti en francs suisses n’a cessé de progresser au bénéfice de l’euro, et ce, en dépit du tour inquiétant que prend la guerre et du rôle traditionnel de valeur refuge de la devise suisse.
Il est probable que la BNS ne puisse plus tolérer de tels cours de change d’un franc suisse trop fort pour l’économie suisse qui va globalement de moins en moins bien, et également probable que la banque soit en train d’intervenir sur les marchés devises pour faire baisser les taux de change du franc suisse. Et ce afin d’éviter tous risques de récession.
A l’heure à laquelle nous rédigeons ces lignes, le taux de change interbancaire de l’EUR/CHF est de 0,9108 EUR/CHF, en léger recul ce matin.
USD/CHF
La banque Goldman Sachs indique que les taux de change du dollar face au franc suisse, pondéré par les échanges s’est renforcé d’environ 3% depuis le début du conflit. Le billet vert semble porté par la hausse des tarifs de l’énergie et l’impact de cette tendance l’échange entre devises américaines et suisses.
Jusque-là, la banque observe que les mouvements des investisseurs sont concentrés sur le risque inflationniste, plus que sur le risque de récession, car les valeurs américaines sont restées résilientes et offrent des bons rendements, bien plus que celles du vieux continent. Les valeurs des devises étrangères à bêta élevé, (plus volatiles que le marché dont elles amplifient les mouvements et dont les rendement mais aussi les risques sont bien supérieurs) ont sous performé. Ce sont des devises étrangères telles que le dollar canadien, ou le réal brésilien qui bénéficient de prix élevés de l’énergie, à l’instar du dollar américain.
Le dollar américain le 27 février valait 0,7670 francs suisses. Il était encore temps de convertir alors des francs suisses en dollars au meilleur cours de change. La guerre a changé la donne avec un dollar à 0,7960 USD/CHF du 14 au 15 mars. Ce sont 300 pips de différence en deux semaines de guerre.

Le billet vert s’échange à présent au cours de 0,7882 USD/CHF.
Golman Sachs recommande des positions courtes sur l’EUR/USD et l’EUR/CHF pour compenser les effets des cours du gaz naturel et leurs conséquences. Concernant les cours de change de l’EUR/CHF, la banque croit à rebours des analystes d’UBS, que la BNS, face à la pression inflationniste pourrait limiter ses interventions sur les marchés des changes. Laissant ainsi sa devise compenser la hausse des prix.
Marchés dominants et commodités
Tout sur le rouge
Les valeurs américaines, comme nous l’avons vu, bénéficient de l’autosuffisance énergétique partielle des Etats- Unis. L’Europe, elle, voit rouge, avec 10% de pertes pour le DAX allemand et le CAC 40 français, 9,5% pour l’Euro Stoxx 50, et même 11% pour le SMI!
Si vous aviez investi sur des défensives énergétiques comme le titre Total, vous avez gagné 18% sur les trois premières semaines de la guerre.
La star, Nvidia qui se négociait dans les parages de 177 dollars, n’a quasiment rien gagné ni perdu au vu de tout ce que nous expliquions plus haut sur les puces. La forte demande croissante compense le manque de matière première.
Pour ce qui est des matières premières, le blé américain augmente de 7% en trois semaines, le sucre de 14%, et le riz de 11%. Si le conflit perdure, avec le blocage du détroit d’Ormuz, l’inflation pourrait faire son grand retour. Et menacer la croissance.
SMI
Plus résistant jusqu’à hier, que la plupart des marchés européens, le Swiss Market Index a maintenu sa stabilité. Mais comme toutes les places financières européennes, Zürich a perdu plus de 2% hier. Ce matin, la place financière évolue 12500 points avec une tendance baissière sur le mois de 10% et 4% de pertes depuis le début de l’année.
Seul le titre Logitech a performé ce mois-ci du fait de son exposition au marché américain. Richemont, Roche et Sika approchent les 20% de pertes sur le mois courant.
Hydrocarbures
L’écart se creuse entre les cours du pétrole brut, brent en mer du nord, et le WTI américain qui bénéficie de la puissance de production américaine. Si vous devez faire le plein d’essence, Ben S est à vos côtés. Suivez-nous sur nos réseaux sociaux pour bénéficier des actions sur les prix du carburant à la pompe.
Le baril de brut, brent en mer du nord progresse d’un pourcent ce matin à 110 dollars, et de 60% depuis le début du mois. Nous espérons que certains d’entre vous ont pris un call, ou un quelconque pari à la hausse le mois dernier sur l’or noir.
Le WTI américain reste en retrait sur un marché américain quand même préservé à 95,34 dollars le baril stars and stripes.
OR
Mais où sont passé les traditionnelles valeurs refuge qu’étaient l’or et l’argent ? Ces actifs qui fournissaient une couverture aux investisseurs subissent ce qui ressemble à un véritable krach, en pleine tourmente sur les marchés, là où ils les protégeaient contre la volatilité des marchés.
Lawson Winder, analyste pour Bank Of America, constate que pour compenser la baisse imprévue des marchés financiers, les investisseurs puisent dans leurs stocks d’or et d’argent, fort bien valorisés pour se procurer des liquidités. Si l’on en croit Monsieur Winder, c’est ce mouvement des investisseurs qui empêche l’or depuis le début du conflit proche-oriental, de jouer son rôle d’actif refuge.

Ce qui laisse à penser que le moment d’acheter de l’or approche certainement à grand pas. Tout dépend désormais de la capacité des américains et de leurs alliés à sécuriser le détroit d’Ormuz et les sites de production pour que les navires marchands transportant les hydrocarbures, poumon économique de la planète, puissent recommencer à circuler.
Jusqu’à ce vendredi, le cours du lingot a fortement reflué à 120000 francs suisses, tandis que les pièces de 20 francs vreneli et napoléon subissent le même sort à 700 francs suisses. L’once côte à présent 4700 dollars loin de son pic du 2 mars à 5400 dollars, au 3ème jour de la guerre, et alors qu’il jouait encore son rôle compensatoire.
Techniquement :
La survente semble indiquer que les marchés sont murs pour réinvestir, mais la tendance demeure négative pour l’or. Si l’on observe les graphiques des cours de l’or, le nuage d’ichimoku, (outil d’analyse qui synthétise la tendance), est bien au-dessus des cours actuels, ce qui confirme une forte tendance à la baisse. Mais les bandes de Bollinger, avec un cours sous la bande inférieure indiquent une forte probabilité de rebond à court terme.
Cryptomonnaies
Le marché reprend des couleurs. Dans la semaine qui a suivi l’entrée dans la guerre, la principale valeur digitale a repris 10000 dollars, soit 13% en valeur à 73000 dollars, converti en francs suisse cela fit 57600 francs suisses. Le bitcoin s’échange désormais autour des 70400 dollars, 55500 francs suisses au cours de change du jour. Malgré des prises de bénéfice, l’or digital a bien progressé, contrairement à l’or, qui reste tout de même un bon choix à long et moyen terme puisque la barre d’un kilo vaut 2 fois plus que l’intangible bitcoin.
Nous nous rappelons d’un marché pesant 4,1 billion de dollars, absorbant 3% de la masse monétaire mondiale. Ce marché pèse encore 2,4 billions, qui se dit trillions en anglais. Tandis que milliard se traduit par billion, d’où la confusion linguistique possible si vous nous lisez.
La guerre et l’EUR/CHF
Dans ce contexte, la question se pose, en fonction des évènements à venir, de savoir combien de temps et jusqu’où, la Banque Nationale Suisse pourra maitriser les cours de change de l’EUR/CHF. Il n’est plus question de scandale pour la maison blanche qui accusait la Suisse de manipulation de cours des devises lors de ses interventions. Donald Trump a bien d’autres sujets à traiter.
Si des experts pensent que la banque parviendra à repousser le taux de change de l’EUR/CHF jusqu’aux alentours de 0,9300 EUR/CHF, l’imprévisibilité des évènements et les développements de la guerre pourraient leur donner tort.
Il est bien impossible en l’état, de prédire ce que seront les taux de change dans notre prochaine analyse, tant les conséquences de cette guerre restent obscures.
Nous citions F. Encel, géopolitologue et géostratège dans notre dernière analyse de la paire EUR/CHF. Ce docteur en géopolitique et maître de conférences à science Po, ne s’était pas trompé la semaine de notre dernière analyse, précèdent le week-end de l’attaque américano-israélienne, en prédisant la date de celle-ci. Nous vous invitons à relire ses propos en utilisant le lien ci-dessus.
Avant de nous quitter, nous souhaitons à tous ceux de nos lecteurs et de nos collègues qui vont faire la fête ce soir une bonne fin de ramadan.
Toute l’équipe de Ben S Solutions de Change vous souhaite un beau week-end ensoleillé.
X.C.