Le franc suisse sur les starting blocks
Bonjour à tous. Les préparatifs du G7, avec leur cortège de perturbations attendues, n’ont certes aucune influence sur les taux de change de l’EUR/CHF mais s’apprêtent à perturber la vie des frontaliers et de la région. Ces mêmes frontaliers pour qui les conséquences de la crise au proche orient sur les cours de change de l’EUR/CHF, avec un franc suisse fort, convertissent leur salaire à un taux de change fort avantageux. Il est probable que plus la crise perdure, plus le francs suisse demeurera soutenu face aux principales devises étrangères.
G7, frontaliers, et change de devises
C’est donc à Evian, sur les bords du lac, que se tiendra le G7, du 15 au 17 juin. Au vu des péripéties des précédentes éditions, les contrôles aux frontières seront rétablis avec le renfort de 5000 militaires suisses, sur tout le bassin lémanique. Les déplacements pourront devenir plus difficiles dès le 12 juin jusqu’au 18 juin. La plupart des frontières seront fermées et gardées par l’armée :
https://www.ge.ch/document/g7-carte-passages-frontieres-fermes
Cela vous rappelle t’il quelques souvenirs 🦠 ?
Seules les douanes de Anières, Moillesulaz, Thônex-Vallard, Bardonnex, Perly, Meyrin et Ferney-Voltaire resteront ouvertes. Prévoyez de partir en avance. Ailleurs, même à vélo ou en barque, les passages seront interdits durant cette période. Seule solution pour circuler librement : engagez vous dans la police…
C’est un week-end ensoleillé qui s’annonce avec des températures dignes d’un mois de juillet. Les cours de change du franc suisse apportent également des vitamines D avec toujours autant d’euros pour un franc suisse en pleine forme alors que les oiseaux chantent.
Franc suisse, toujours valeur refuge
Et dès lors que les négociations Américano-Iraniennes piétinent, les taux de change du franc suisse face à l’euro et au dollar se maintiennent dans la fourchette actuelle qui s’étiole entre 0,9130 EUR/CHF et 0,9200 EUR/CHF. Les places financières marquent pourtant records sur record.
Les circonstances actuelles semblent favorables au caractère de valeur refuge du franc suisse.
Avis d’experts, économie et taux de change
Dans une étude qui n’engage qu’eux, les économistes de la Banque Raiffeisen affirment que la Suisse n’est pas menacée de récession. Ils prévoient une croissance en 2026 comprise entre 0,5% à 1%. Pour le très réputé économiste en chef Fredy Hasenmaile, avec une énergie chère, la croissance sera ralentie mais restera légèrement positive.
Pour Monsieur Hasenmaille, la Suisse n’est pas aussi exposée qu’en 1973. Le choc pétrolier d’alors avait couté 245000 emplois, 10% d’inflation et 7% de chute du PIB. Aujourd’hui, la part énergétique du pétrole en Suisse ne dépasse pas 46% de la consommation.
La coopérative bancaire de St Gall estime même que chaque 10% de hausse des prix des produits pétroliers ne freinent la croissance que de 0,05% ! Dix fois moins que lors du choc pétrolier de 1973.
Suisse et franc suisse solides ?
De ce fait, la Suisse est aujourd'hui beaucoup moins sensible aux fluctuations des cours du pétrole. Selon l'étude de la coopérative bancaire saint-galloise, si donc une hausse des prix de l'or noir de 10% freine peu la croissance du PIB suisse, il en va de même pour l’inflation. Or si les autres partenaires économiques de la Suisse subissaient une forte hausse des prix, il est probable que les banques centrales de ces pays seraient contraintes à terme de remonter leurs taux d’intérêts. Renchérissant par là même les taux de change de leurs devises respectives par rapport au franc suisse.
D’une part, l’effet de valeur refuge de la Suisse attirerait les capitaux vers le franc suisse, d’autre part, le différentiel de rémunération des avoirs libellés en francs suisses chasserait les investisseurs. Mais attirerait les opérations d’emprunt en francs suisses, devise à taux moins onéreux pour les réinvestir vers des devises mieux rémunérées.
Les taux de change de l’EUR/CHF s’en trouveraient ébranlés.
Mais un ralentissement de l’économie mondiale même si les tarifs énergétiques sont totalement supportables pour l’économie suisse, nuirait à l’économie. Sans oublier que la Suisse importe les deux tiers de son énergie. Les transports seront durement touchés, tout comme la population. 20 millions de barils sont bloqués chaque jour au Proche Orient, et l’économie mondiale ne peut pas se passer de ces 20 millions de barils.
Alors faut-il convertir ses francs suisses en euros ?
Ou le contraire ?
Après une volatilité qui a mené en mars à un pic historique sous les 0,9000 EUR/CHF, la paire de devises s’ajuste, sur fond d’anticipation des marchés d’une baisse de ses taux directeurs par la Banque Centrale Européenne. Mais si celle-ci devait faire face à un regain d’inflation, les investisseurs pourraient être déçus.
Ayant d’abord joué son rôle de valeur refuge au début de la guerre, le franc suisse relâche un peu la pression sur l’euro en se positionnant face à l’euro dans une fourchette de cours de change comprise entre 0,9150 et 0,9200 EUR/CHF.
Les cartes en main:
Plusieurs facteurs empêchent un décrochage des cours du franc suisse. La décision très attendue face au recul de l’inflation, de la Banque Centrale Européenne qui pourrait baisser ses taux, donc, et faire progresser l’EUR/CHF, mais quid de la crise pétrolière actuelle qui pourrait à terme mener à l’effet inverse.
La politique de la Banque Nationale Suisse, d’une grande stabilité. Un taux directeur nul et une inflation maitrisée. Mais les experts estiment qu’en deçà de 0,9000 EUR/CHF, la compétitivité de l’économie suisse à l’export en pâtirait et la BNS vendrait massivement des francs suisses sur le marché des changes pour faire remonter l’EUR/CHF, entre autres.
Et de fait, la situation géopolitique donne envie d’acheter une voiture et un vélo électriques si ce n’est déjà fait. Et pousse le franc suisse vers les sommets. Les investisseurs considérants la Suisse comme un havre de stabilité dans un monde brutal.
Des taux de change au zénith
Pour un frontalier (ou transfrontalier), convertir son salaire suisse en euros peut, après les pics de mars, donner l’impression d’une perte de pouvoir d’achat. Il faut remettre les réalités dans leur cadre : En 2024, les taux de change pour convertir des francs suisses en euros étaient en moyenne annuelle de 0,9600 EUR/CHF. De 0,9400 EUR/CHF en mars 2025 , ils ont atteint 0,8980 EUR/CHFau plus haut de ce début 2026. Remontés vers 0.9300 EUR/CHF, les cours de change du franc suisse oscillent à présent autours des 0,9150 EUR/CHF.
Considérant qu’il s’agit des taux interbancaires, un frontalier qui gagnerait 4000 francs suisses par mois et les convertirait en euros obtiendrait une augmentation de salaire de plus de 210 euros par mois en comparaison avec ce qu’il touchait en euros après avoir fait son opération de change en 2024.
Vers une dépréciation du franc suisse ?
Les analystes d’UBS considèrent au contraire que les cours de change du franc suisse devraient reculer face à certaines devises étrangères (AUD, NOK, SEK, BRL…) à rendement élevé, et face au dollar dont ils estiment qu’il devrait atteindre un taux de change de 0,80 USD/CHF vers la fin du 2ème trimestre. Ces taux de change, selon le banquier pourraient entrainer des prises de position courtes sur le franc suisse. (Flux vendeurs).
Pas face à l’euro !
En revanche, pour l’EUR/CHF, UBS voit une résistance difficile à franchir au-delà de 0,9260 EUR/CHF. L’établissement, lui, prend en compte la dégradation de la situation géostratégique sur le pétrole et ses dérivés. Il mise à terme sur des hausses de taux par la BCE, contrainte par une inflation future, et dommageables pour l’économie européenne. Ces hausses freineraient l’EUR/CHF. UBS prend ici en compte la trajectoire haussière du franc suisse face aux principales devises de réserve face aux devises à fort rendement mais à risque plus prononcé.
L’EUR/CHF sur un mois glissant
EUR/CHF
La paire de devise EUR/CHF conclu ces 30 derniers jours ponctués par l’illusion d’une sortie de crise facile, sur un recul constant dès la désillusion, de l’EUR/CHF.
Nous avions quitté l’EUR/CHF sur un taux de conversion de l’euro à 0,9200 francs suisses pour un euro. Le 29 avril, Jerome Powell quittait la direction de la FED, et l’euro et le dollar atteignaient leur cours de change les plus élevés de cette période face au franc suisse. Ni espoirs de paix, ni rien de positif pour l’économie, si ce n’est une probable intervention de la BNS qui pourrait expliquer ce pic à 0,9250 EUR/CHF. Puis le 30 avril, alors que le président Trump s’apprêtait au moins verbalement à relancer les hostilités, l’euro a plongé de 100 pips face au franc suisse.
S’en est suivi une glissade régulière jusqu’au taux actuel à 0,9125 EUR/CHF.
En cette période de payes, les frontaliers suisses profitent d’un taux de change que les plus anciens n’ont jamais connu!
USD/CHF
Une fois est coutume, l’USD/CHF a suivi la même courbe que l’EUR/CHF jusqu’au 9 mai. Nous l’avions quitté sur un taux de change dollar contre franc suisse à 0,7870 USD/CHF, et après un pic à 0,7920 USD/CHF, la paire a connu son plus bas le 9 mai, à 0,7760 USD/CHF. C’était le meilleur moment pour convertir des francs suisses en dollars.
Mais l’excellente tenu des places financières américaines qui font fi de la crise pétrolière ont soutenu le billet vert jusqu’à un cours de change aujourd’hui de 0,7859 USD/CHF. La courbe des taux de change hiératique de ce dernier mois souligne une forte volatilité sur la paire.
Marchés et commodités
Rien n’arrête les inarrêtables places financières américaine. (redondance ?) Le Dow Jones s’est affranchi de la barre symbolique des 50000 points à 50300 points aujourd’hui, record absolu qu’il pleuve ou qu’il vente comme nous dit l’expression populaire.
De même pour le Nasdaq qui a atteint son sommet historique le 14 mai à 26650 points, soit 8,5% de hausse par rapport à sa cotation lors de notre dernière analyse. L’IA reste la locomotive des places financières américaines, sans trop de visibilité des retours sur investissement pourtant, tirant 6 semaines consécutives de hausse pour les indices américains. L’IA suivie de l’armement bien sûr. Soit un rallye de 16% pour le S&P 500 et 26% pour le Nasdaq.

Notons la performance du géant américain des cartes SD et compact flash, Sandisk , (plus de 200 Milliards de capitalisations) à +550% depuis le 1er janvier.
Les places financières européennes suivent d’un peu plus loin avec des progressions honorables pour le DAX allemand, l’Euro Stoxx 50 et le SMI, et léger repli pour le CAC40 français qui fait figure d’exception ce dernier mois.
SMI
Le SMI a gagné 2,38 à 13480 points, en un mois. Loin des records américains… On y trouve pèle-mêle des titres tels que:
Logitech qui dépasse les attentes au T4 et le conseil d’administration gratifie chaque action d’un dividende de 1,36 francs par action. Le titre a progressé de 10% depuis notre dernière analyse.
Alcon tout d’abord, le spécialiste des produits oculaires, avec une augmentation du bénéfice par action mais un léger recul du CA. Qui a provoqué une chute du titre sur un mois de 11% Amriz, qui a lancé le rachat d’un milliard de franc de ses actions, a été sanctioné par des analystes de banque. Le titre a perdu 11,4% suite aux calculs d’UBS marquants un potentiel de hausses limité par rapport au cours.
Pétrole
Le baril de brut, Brent en mer du nord vaut aujourd’hui 104 $, 98 $ pour le WTI.
Le MWh de gaz a pris 6% en un mois à 45 francs suisses.
La star des marchés, l’or noir, qui fait craindre une récession mondiale et une forte reprise de l’inflation est l’otage du conflit. Les dirigeants iraniens dont la menace pèse sur les cours mondiaux mais aussi des câbles sous-marin qui alimentent les réseaux mondiaux d’internet pourraient devenir maitres du jeu à la place de l’OPEP, moribonde.
Selon Fatih Birol, directeur de l’AIE, les stocks commerciaux de pétrole déclinent très rapidement. Malgré une croissance de la consommation moins forte que prévue en 2026. La réserve stratégique des pays de l’OPEP est de 800 millions de barils et l’organisation craint une pénurie dès la fin de l’été. Il leur sera difficile d’augmenter la production surtout en cas de reprise du conflit.
Les cours pourraient donc cet été, prendre l’ascenseur. Avec toutes les conséquences que cela implique.
Or
Les cours du métal jaune semblent globalement en repli. La barre d’un kilo cote 114500 francs suisses, avec une once à 4524 dollars, convertis en francs suisses : 3562 CHF. Napoléon et Vreneli se négocient désormais autour de 640 francs suisses.
Selon Kiran Kowshik , stratège sur le marché des changes de la banque Lombard Odier, la consolidation actuelle des cours de l’or ne présage pas d’un effondrement des cours à moyen terme. Le soutien structurel des investisseurs et des banques centrales se maintient. Un désengagement de ces dernières seraient le signal vendeur, mais Lombard Odier surpondère l’once d’or à 5400 dollars d’ici 12 mois sur fond d’inquiétudes budgétaires et liées aux devises étrangères.
L’or a récemment déçu en tant qu’actif refuge dans un contexte de crise. L’expert rappelle que les cours de l’or ont doublé en un an, avec un record à 5600 dollars l’once avant la guerre.
Le métal jaune affiche une baisse de 10% depuis le début du conflit, liée principalement aux craintes de d’inflation et de hausse des taux d’intérêts.
Crypto monnaies
Les cours du bitcoin sont en stand by depuis un mois autour des 77000 dollars pour un bitcoin, 60580 francs suisses au cours de change du jour.
Et ce pour une capitalisation totale de 2600 milliards de dollars, soit 2045 milliards de francs suisses. Le secteur de crypto monnaies est plutôt stable.
C’est tout ce que l’on peut en dire ce mois-ci, la priorité étant pour nous, ailleurs.
Les resserrements des règles de l’UE sur les liquidités ne touchent pas encore les crypto monnaies, fortement décriées par le passé, mais s’attaquent aux espèces et à la lutte contre le blanchiment d’argent.
10000 euros contre 73 milliards de francs suisses
L’union européenne légifère pour harmoniser les règles de paiement en espèces sur tout le territoire des pays de l’Union.
A partir du 10 juillet 2027, les paiements en espèces en Europe seront limités à 10000 euros, (9150 francs suisses) et imposeront une vérification d’identité à partir de 3000 euros. Des pays comme la France, ne seront pas obligés de relever leur seuil maximal fixé par la loi Sapin de 2015, actuellement à 1000 euros, mais réduiront leurs disparités. Rappelons qu’en Suisse, il n’y a pas de limite de paiement en espèces, mais qu’à partir de 100000 francs, le vendeur est tenu de connaitre l’identité de l’acquéreur. Il y a 73 milliards de francs suisses en circulation d’où le titre… la moitié sont des billets de 1000 francs.
Pour les français, ces nouvelles dispositions n’auront pas d’impact, puisque la limite de paiement imposée par l’Union Européenne de 10000 euros est loin des 1000 euros admis en France. Mais si vous devez acheter un véhicule dans un pays de l’union et comptez payer en espèces, vous serez limité à 10000 euros. La Suisse n’appliquera pas ces nouvelles règles à priori.

(Trans) frontaliers : chômage en Suisse ou en France ?
La réforme des allocations chômage fait couler beaucoup d’encre en Europe. Jusque-là, les frontaliers au chômage étaient rémunérés par leurs pays de résidence respectifs en Europe alors qu’ils avaient cotisés en Suisse.
L’UE désire imposer désormais à la Suisse qui jouissait par ce système d’un excèdent financier de prendre en charge les allocations et la gestion des travailleurs qu’elle emploi. Rappelons que la Suisse reverse 80% du salaire net quand la France n’accorde que 57% du brut, assorti d’une attribution journalière de quelques euros. Rien n’indique que dans les négociations à venir, les autorités suisses si elles acceptent, n’imposeront pas à leurs travailleurs frontaliers les conditions d’allocations de leur pays d’origine, ni que le suivi se fera en Suisse, mais nombre de frontaliers qui craignent de se retrouver au chômage un jour, se prennent à rêver à de meilleures conditions d’assurance supplétive que celles offertes par leur pays de résidence.
Ne rêvez pas:
Le SECO envisage une perte annuelle de 600 à 900 millions de francs suisses pour les comptes de la confédération. L’Union Européenne exige désormais que le pays dans lequel les travailleurs frontaliers exercent leur activité et qui touche les cotisations assume la compétence du dédommagement et du suivi des cotisants. Ces chiffres de 600 à 900 millions demeurent imprécis du fait du manque de données mais une partie de ces sommes permettraient aux chômeurs de continuer à convertir leurs francs suisses en euros en passant par les bureaux de change ou par l’application de change digital.
Pour cause:
L’accord sur la libre circulation des biens et des personnes qui est sous-jacent implique que cette négociation affecterait peut-être la dynamique financière et sociale du système frontalier avec un cout certain. Le cout pour la Suisse se chiffre en centaines de millions et il est peut probable que la Suisse l’accepte sans d’importants aménagements. Le SECO a précisé que la transposition de cette réforme européenne à la Suisse ne pourra se faire sans son accord. Ses finances publiques ne pouvant être déficitaires. Il est encore trop tôt pour les frontaliers pour se réjouir de meilleures conditions en cas d’accident de la vie. La Suisse n’abandonnera pas facilement 300 à 600 millions de francs suisses d’excédents pour les transformer en déficit. D’autant que ne faisant pas partie de l’Europe, rien ne l’oblige à entériner cet accord en l’état.
Voilà pour conclure l’analyse de l’évolution de l’EUR/CHF de ce mois de mai.
Nous nous retrouverons pendant le G7. Vous pourrez nous lire en patientant aux frontières dans votre voiture ou dans le tram. Nos Bureaux de change resteront ouverts durant l’évènement. Seul le bureau de change de Chancy sera impacté par la fermeture de sa frontière mais restera ouvert avec des horaires réduits.
En attendant, toute l’équipe de Ben S solutions de change se joint à moi pour vous souhaiter un excellent week-end. Nous nous retrouverons le mois prochain pour préparer l’été. En espérant qu’oncle Donald et les gardiens du peuple farsi vous laisseront partir aux antipodes.
Bon week-end à tous.
X.C.